Accueil du site > Fiches de jardinage > Questions d’environnement (arrosage, pollution...) > Et s’il s’agissait d’une tromperie commerciale ?

Et s’il s’agissait d’une tromperie commerciale ?

Les enjeux commerciaux sont énormes : rien que pour l’agriculture française, c’est 30 000 t/an de film de paillage qui sont concernées, sans compter les autres applications possibles comme les divers accessoires en horticulture (ficelles, clips, poterie) et l’important marché de l’emballage.

Forts des tests ci-dessus, et en utilisant un raisonnement par syllogisme, il y a des fabricants de films de PE additivés qui n’hésitent pas à les déclarer biodégradables ou compostables.
Par exemple, certains, très subtils, écrivent dans leurs documents publicitaires que leur film répond (partiellement) à la norme DIN 54 900 même si le test de biodégradabilité n’est pas rempli.
Or une norme ne peut être que “remplie” ou “non”.
En fait, ces films ne sont pas conformes aux normes européennes, ni aux labels existants qui prévoient qu’un matériau est dit biodégradable s’il présente un taux de biodégradation d’au moins 90%.

En outre, les micro-fragments de PE n’étant pas éliminés, ces produits sont en contradiction avec la législation actuelle sur l’élimination des déchets.
En conséquence, puisque les micro-fragments sont toujours présents, même invisibles à l’œil nu, l’agriculteur risque de transformer, progressivement et sans le savoir, sa parcelle cultivable en décharge sauvage.
Les premières observations réalisées sur les parcelles d’essais de la SEHBS tendent d’ailleurs à aller dans ce sens. Des analyses sont actuellement en cours pour voir si, outre les fragments visibles à l’œil ou en microscopie optique, d’autres fragments sont aussi visibles en microscopie électronique. Les techniques récentes comme l’AFM (microscopie à force atomique) pourraient permettre de découvrir des agrégats de tailles encore bien inférieures, de l’ordre de la dizaine de nanomètres.

Le volet financier est directement touché.
En effet, les films PE additivés sont vendus à des épaisseurs de l’ordre de 10µ et sont moins onéreux à l’unité de surface que les PE classiques vendus à des épaisseurs de l’ordre de 25µ. Ne parlons pas d’une comparaison avec des films reconnus comme réellement biodégradables dont les coûts sont environ trois fois supérieurs à un PE de même épaisseur. Le vocabulaire est galvaudé et de nouveaux termes apparaissent : oxo-biodégradation, hydro-biodégradation, etc., dont les définitions restent floues. Ce jargon, s’il en est encore besoin, noie le consommateur encore un peu plus dans la confusion.
En conséquence de ces manipulations de tarifs et de terminologie l’utilisateur est induit en erreur et le doute est semé dans son esprit.

De même, on assiste à une sorte d’inflation à la biodégradabilité des polyoléfines.
Ainsi, un article récent et une relation du fait, en plein journal télévisé, vantent les mérites d’un sac de caisse en plastique additivé “biodégradable” supposé résoudre tous les problèmes environnementaux des sacs plastiques…mais ce document émet, à juste titre, des réserves sur les substances libérées lors de la fragmentation.

De façon similaire, un fabricant propose un PE additivé jusqu’à 70% de craie aux vertus merveilleuses.

Mais le record revient à un article paru sur Internet et inspiré d’une communication scientifique qui considère comme biodégradable un polystyrène additivé de sucre…