Société d'Horticulture du   

                    Pays d'Auray

 Les camélias panachés

Conférence de René Mahuas à la section vivaces et roses, le samedi 20 mars 2004

                                                                                     Les photos de cette page sont de René Mahuas
 'Grace Albritton'

              Dans la nature, les feuillages panachés et les fleurs panachées sont rares. Si des panachures se produisent par mutation ou virus, elles ont peu de chances de se propager. Une plante ne peut pas se bouturer ni se greffer toute seule. Les croisements ou les hybridations peuvent aussi produire des plants panachés. Mais c’est rare dans la nature, et les panachures ne se transmettent pas forcément par graine dans les descendants.

            Mais l’homme s’est intéressé depuis longtemps à ces anomalies décoratives, et a agi pour les conserver et les multiplier, et aussi pour en créer. On peut citer les fusains panachés, argentés ou dorés, les lierres, les houx, les hostas, les roses, les bégonias, les géraniums, les pétunias, les amaryllis, les glaïeuls, les lis, les dahlias, et aussi les camellias!

'Versicolor'

LES DIFFERENTS TYPES DE PANACHURES SUR LES FLEURS DE CAMELLIAS

- taches :

            - régulières ou compactes (ex. ‘Doctor Max’)

            - irrégulières ou découpées (ex. ‘Ville de Nantes’, ‘Eugène Lizé’, ‘Masayoshi’)

            - grandes (ex. ‘Gigantea’)

            - petites (ex. ‘Eugène Lizé’)

            - nettes (ex. ‘Midnight Var.’)

            - floues (ex. ‘Benten-kagura’)

            Toutes ces taches sont toujours blanches, et peuvent quelquefois envahir le pétale au point de changer la couleur de la fleur. Les fleurs colorées panachées de blanc prennent alors l’aspect de fleurs blanches à panachures colorées.

            Certains camellias ont une teinte blanche discrète et floue au centre des pétales, qu’on ne considère pas généralement comme une panachure, mais plutôt comme une atténuation de la pigmentation. (ex. ‘Hiryu’)

 

- rayures ou stries rayonnant à partir du centre :

            - uniques (ex. ‘Orandako’, ‘Rubens’)

            - multiples (ex. ‘Extravaganza’, ‘Bella Romana’)

            - longues (ex. ‘Clotilde’, ‘Hikarugenji’)

            - courtes (ex. ‘Marguerite Gouillon’, ‘Isabella Spinola’)

            - réparties régulièrement (ex. ‘Comte de Gomer’, ‘Lavinia Maggi’)

            - réparties irrégulièrement (ex. ‘Stacy Susan’, ‘Colonial Lady’)

            - quelquefois associées à des mouchetures (ex. ‘Betty Foy Sanders’, ‘Kick Off’)

 

- bordure :

            - régulière (ex. ‘Tama-no-ura’)

            - irrégulière (ex. ‘Jean Clere’, ‘Spring Sonnet’)

            - pleine (ex. ‘Yours Truly’, ‘Tom Thumb’)

            - striée/morcelée (ex. ‘Grace Albritton’, ‘Betty’s Beauty’)

            - étroite (ex. ‘Tama Electra’, ‘Adelina Patti’)

            - large (ex. ‘Tama Americana’)

            - nette (ex. ‘Margaret Davis’, ‘Sanpei Tsubaki’)

            - floue (ex. ‘Kitty’, ‘Montironi Rosea’)

            Certains camellias ont une bordure large dégradée très progressivement, qu’on ne considère pas généralement comme une panachure, mais plutôt comme une atténuation de la pigmentation. (ex. ‘Desire’, ‘Hilda Jamieson’)

            Ces différents types de panachures ne se mélangent pas, ou exceptionnellement. On peut trouver ensemble une bordure et des stries, mais presque jamais des taches avec d’autres panachures. Cette particularité, ainsi que les différents types de panachures, ont sans doute des causes biologiques.

'Extravaganza'

LES PREMIERS CAMELLIAS PANACHES

            A la fin du 18e siècle, plusieurs camellias panachés de taches existaient déjà en Chine et au Japon : ‘Damanao’, ‘Daikagura’, ‘Masayoshi’ (renommé ‘Donckelaeri’ lors de son introduction en Europe), ‘Variegata’ (premier camellia panaché introduit en Europe).

            Ces premiers camellias panachés, sans doute plus vieux que la date de leur première mention écrite, sont probablement apparus naturellement par hasard. Certaines de ces panachures par taches sont d’origine virale, comme certaines panachures qui atteignent le feuillage, et sont alors tout à fait aléatoires, mais les panachures par taches peuvent aussi avoir d’autres causes.

            Les virus qui attaquent les fleurs, et qui effacent partiellement et aléatoirement la pigmentation de fond, ne sont peut-être pas les mêmes que ceux qui attaquent les feuilles, mais ils sont probablement liés. Peu de camellias ont en même temps des fleurs et des feuilles panachées comme ‘Benten-kagura’, et les panachures qui se développent sur les fleurs ne se propagent pas sur les feuilles, alors qu’un virus qui attaque les feuilles peut se propager sur les fleurs. Un virus qui contamine une partie du feuillage peut contaminer peu à peu le feuillage tout entier jusqu’à faire périr le plant, et peut même par accident contaminer d’autres plants. Ce n’est pas le cas des panachures de fleurs, qui ne font jamais dépérir les plants.

            Les panachures par taches apparaissent au début sur une partie de la plante seulement. Le rameau dont les fleurs (ou les feuilles) subissent cette modification est appelé sport. Le caractère panaché ne se transmet pas généralement par graine. Pour reproduire cette modification, il faut la stabiliser et la multiplier par bouturage, greffage ou marcottage. Mais, les taches virales étant aléatoires, les clones pourront êtres différents du sport d’origine.

            Tous les noms de camellias qui ont l’extension “variegated” indiquent des camellias panachés par taches.

                'Tinker Bell' 

 

LES CAMELLIAS PANACHES DU 19e SIECLE

            De nombreux camellias panachés ont été obtenus au 19e siècle. Beaucoup n’ont été obtenus ni en Chine ni au Japon, mais en Europe : en Grande-Bretagne, en Belgique, au Portugal, mais surtout en Italie, et particulièrement de 1850 à 1870. Certains sont panachés par taches et conservent la structure des fleurs d’origine, mais la plupart d’entre eux ne sont pas tachés mais rayés / striés, et ont une structure imbriquée différente des fleurs d’origine.

            A la fin du 18e et au début du 19e siècle, les Anglais importèrent des camellias de la Chine et du Japon. Mais les camellias étaient considérés comme des végétaux fragiles en Europe, et les Anglais les élevèrent en serres. L’insuffisance d’insectes, de chaleur et de pollinisation ne leur permit d’obtenir que peu de croisements (ex. ‘Gigantea’, ‘Caryophylloides’).

            Par contre, en Italie, les nobles et les grands propriétaires se mirent rapidement à élever des camellias en plein air. Ils bénéficiaient de bonnes conditions climatiques et eurent des croisements fertiles (ex. ‘Picturata’, ‘Duchesse d’Orléans’, ‘Clotilde’, ‘Punctata Boutourlin’, ‘Isabella Spinola’, ‘Montironi Rosea’, ‘Bella Romana’, ‘Fanny Bolis’, ‘Lavinia Maggi’, ‘Il Tramonto’, ‘Virginia Franco’, ‘Comte de Gomer’, ‘Vittorio Emanuele II’, ‘Zoraïde Vanzi’, ‘Mme A. Verschaffelt’).

            Les pépiniéristes belges en produisirent aussi quelques-uns (ex. ‘Collettii’, ‘Tricolor de Mathot’, ‘Rubens’).

            On importa aussi des camellias panachés chinois et japonais, en les renommant quelquefois (ex. ‘Haru-no-utena’, ‘Ezo-nishiki’ renommé ‘Tricolor/T. de Siebold’, ‘Albertii’, ‘Hikarugenji’ renommé ‘Souvenir de H. Guichard’, ‘Cup of Beauty’, ‘Lady Vansittart’, ‘Adelina Patti’, ‘Yamato-nishiki’).

            Le goût de l’époque privilégiait et fit sélectionner les camellias imbriqués, et les croisements produisent surtout des rayures ou des stries. D’où le nombre important de camellias imbriqués striés obtenus pendant une bonne partie du 19e siècle.

            Les Français, malgré les efforts passionnés des pépiniéristes et amateurs nantais et angevins, figurent peu dans cette production (ex. ‘Marguerite Gouillon’, ‘Eugène Lizé’, ‘Général Lamoricière’, ‘Prosper Vial’, ‘Mme Appoline Guichard’). Le camellia n’était pas une plante parisienne (le sol de l’Ile-de-France est calcaire!), et les camellias français étaient surtout des plantes de serre servant principalement à produire des fleurs décoratives de boutonnières.

 

            Contrairement à certaines taches, les rayures ou stries ne sont pas d’origine virale, mais génétique. Elles sont le résultat de mutations (sports), ou de croisements fertiles entre 2 cultivars de la même espèce (japonica X x japonica Y, par exemple), produisant des graines dont certaines sont porteuses du caractère panaché, ou du caractère imbriqué, ou des deux. Toutes les fleurs du même plant portent donc, généralement, les mêmes rayures ou stries. Assez souvent on ne connaît pas les cultivars parents, et si on connaît le plant mère porteur de graines, on connaît assez rarement le père pollinisateur. Le caractère panaché ne se reproduit pas forcément par graine. Pour reproduire ces panachures, il faut les stabiliser et les multiplier par bouturage, greffage ou marcottage. 

'Général Lamoricière' 

  LES CAMELLIAS PANACHES DU 20e SIECLE

            Pendant la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle, la production de nouvelles variétés panachées, comme celle de nouveaux camellias en général, diminua très fortement, pour ne reprendre qu’à partir de 1930 environ, et redevenir importante, mais surtout aux Etats-Unis, et un peu en Australie, en Nouvelle-Zélande, et au Japon. Les camellias obtenus étaient encore pour une bonne part rayés / striés, mais ils étaient plus souvent tachés et bordés, et plus fréquemment semidoubles ou péoniformes qu’imbriqués. Beaucoup furent produits à partir de sports.

 

            A la fin du 19e et au début du 20e siècle, des bouleversements esthétiques marquèrent l’Europe : rejet de l’époque victorienne, de sa culture et de ses modes, rejet des camellias imbriqués, trop vus, trop artificiels, trop chic, trop classe. Les dégâts économiques consécutifs à la 1ère Guerre Mondiale renforcèrent la désaffection pour les camellias qui étaient restés des végétaux d’aristocrates ou de gens fortunés. Les serres, les parcs et les jardiniers étaient devenus trop coûteux.

            Ce n’est que vers 1930/1935, et surtout après la 2ème Guerre Mondiale, que le goût des camellias reprit dans les régions chaudes des Etats-Unis, en Californie surtout. Le camellia y devint un végétal populaire, pour orner des jardins, même petits, et même être élevé en bac. Parmi les amateurs, il y avait des universitaires qui mirent au point de nouvelles techniques et hybridèrent abondamment en faisant travailler leurs étudiants. Ils furent suivis et secondés par des pépiniéristes passionnés qui créèrent, sélectionnèrent et popularisèrent de nouveaux types de fleurs et favorisèrent de nouveaux goûts (ex. ‘Colonial Lady’, ‘Adolphe Audusson Var.’, ‘Beau Harp’, ‘Margherita Coleoni Var.’, ‘Spring Sonnet’, ‘Mrs Nellie Eastman’, ‘Carter’s Sunburst’, ‘Betty Sheffield Blush’, ‘Betty Sheffield Supreme’, ‘Extravaganza’, ‘Kick Off’, ‘Mercury Var., ‘Carol Lynn’, ‘Tinker Bell’, ‘Betty Foy Sanders’, Mabel Bryan’, ‘Margaret Wells Delight’, ‘Grace Albritton’, ‘Stacy Susan’, ‘Oo-la-la’).

            Les amateurs et les pépinièristes australiens et néo-zélandais s’y mirent aussi avec succès, surtout à partir de 1950 (ex. ‘Can Can’, ‘Paul Jones Supreme’, ‘Margaret Davis’, ‘Modern Art’, ‘Jean Clere’, ‘Midnight Var.’, ‘Anticipation Var.’, ‘Ballet Queen Var.’, ‘Raspberry Ripple’).

            Quelques nouvelles variétés japonaises furent introduites en Europe (ex. ‘Doctor Max’, ‘Tama-no-ura’, ‘Benten-kagura’, ‘Nishiki-kirin’, ‘Hakuhan-kujaku’, ’Kasuga-yama’, ‘Sanpei-tsubaki’, ‘Momoji-no-higurashi’, ‘Nioi-fubuki’, ‘Kakure-iso’, ‘Okan’).

            Les Français, pendant longtemps, boudèrent ces nouvelles fleurs, et ne revinrent dans la course que récemment (ex. ‘Souvenir de la Beaujoire’, ‘Marie Le Ménélec’).

'Carter's Sunburst'

ET DEMAIN?

             Malgré toute la richesse des camellias panachés déjà obtenus, il reste encore des possibilités, comme le prouve ‘Merveille de Kerscao’ obtenu en 2002 par Marie et Jean Lesvenan, ou ‘Casimir’ obtenu par Alfred Lemaître .

            On peut espérer un fruit du hasard, un sport panaché sur un vieux camellia, car de nombreux camellias n’ont pas encore eu de sport. Mais c’est rare!

            On peut provoquer ce hasard, en contaminant un plant avec le virus d’un autre camellia, ou en le greffant sur un plant virosé, ou en le traitant à la colchicine ou aux isotopes radioactifs. Mais les bons résultats sont aussi rares!

            Même si beaucoup de camellias sont autofertiles, on peut attendre un croisement naturel ou une hybridation naturelle.

            Même si une obtention panachée ne garde pas forcément ses panachures les années suivantes, même si souvent les descendants ne sont pas panachés, et même s’ils ne sont pas tous intéressants, on peut aussi croiser manuellement ou hybrider! De nombreux camellias n’ont jamais été croisés, et avec plus de 30000 cultivars il reste encore de nombreuses possibilités. Plusieurs espèces de camellias n’ont pas encore été hybridées ou ont juste été testées.           

            En moyenne, les camellias panachés représentent 1/5 des camellias. En moyenne, les collectionneurs obtiennent 1 camellia panaché intéressant et exploitable sur 500 à 1000 obtentions de camellias en 10 ans.

            Ce ne sont pas des raisons pour se décourager! Les camellias panachés sont très décoratifs. Souvent ils apportent un plus, et sont quelquefois vraiment impressionnants!  

                           'Casimir'

Remarques

1. ‘Tom Thumb’, qui était décrit avec une bordure rose foncé dans le Registre de l’International Camellia Society en 1993, est corrigé dans l’édition de 1997 en rose avec bordure blanche.

2. On trouve chez les collectionneurs et les pépiniéristes bretons 2 formes de ‘Tricolor (T. de Siebold)’. L’une correspond à la description du Registre qui la donne comme synonyme de ‘Ezo-nishiki’. L’autre est différente, et jamais on ne trouve les 2 types de fleurs sur le même plant.

3. Certains livres considèrent ‘Marguerite Gouillon’ et ‘Général Lamoricière’ comme synonymes. Le Registre les décrit comme différents.

4. Les photos de ‘Lady Vansittart’ dans plusieurs livres ne concordent pas. Idem pour ‘Okan’ et ‘Yours Truly’.

5. Généralement, les panachures sont stables, même si elles sont aléatoires.

Mais, dans plusieurs variétés, des fleurs unicolores ou presque unicolores peuvent apparaître (ex. ‘Lavinia Maggi’, ‘Jean Clere’, ‘Comte de Gomer’, ‘Tricolor’) qui rappellent parfois la couleur unicolore du plant d’origine (ex. ‘Lady de Saumarez’ sur ‘Tricolor’).

Certaines variétés présentent des panachures variables en importance ou en intensité de couleur selon le milieu, l’exposition , ou la source de clonage du pépiniériste (ex. ‘Margaret Davis’).

Dans quelques variétés, les panachures ont tendance à s’estomper et à s’effacer avec le veillissement du plant ou la succession des clonages (ex. les descendants de ‘Betty Sheffield’).

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'Clotilde'

 

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