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Dans la nature, les feuillages panachés et les fleurs
panachées sont rares. Si des panachures se produisent par
mutation ou virus, elles ont peu de chances de se propager. Une
plante ne peut pas se bouturer ni se greffer toute seule. Les
croisements ou les hybridations peuvent aussi produire des plants
panachés. Mais c’est rare dans la nature, et les panachures ne
se transmettent pas forcément par graine dans les descendants.
Mais l’homme s’est intéressé depuis longtemps à ces
anomalies décoratives, et a agi pour les conserver et les
multiplier, et aussi pour en créer. On peut citer les fusains
panachés, argentés ou dorés, les lierres, les houx, les hostas,
les roses, les bégonias, les géraniums, les pétunias, les
amaryllis, les glaïeuls, les lis, les dahlias, et aussi les
camellias!
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'Versicolor'
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LES DIFFERENTS TYPES DE PANACHURES SUR LES
FLEURS DE CAMELLIAS
- taches :
- régulières ou compactes (ex.
‘Doctor Max’)
- irrégulières ou découpées (ex.
‘Ville de Nantes’, ‘Eugène Lizé’, ‘Masayoshi’)
- grandes (ex. ‘Gigantea’)
- petites (ex. ‘Eugène
Lizé’)
- nettes (ex.
‘Midnight Var.’)
- floues (ex. ‘Benten-kagura’)
Toutes ces taches sont toujours blanches, et peuvent
quelquefois envahir le pétale au point de changer la couleur de
la fleur. Les fleurs colorées panachées de blanc prennent alors
l’aspect de fleurs blanches à panachures colorées.
Certains camellias ont une teinte blanche discrète et
floue au centre des pétales, qu’on ne considère pas généralement
comme une panachure, mais plutôt comme une atténuation de la
pigmentation. (ex. ‘Hiryu’)
- rayures ou stries rayonnant à partir du centre :
- uniques (ex. ‘Orandako’,
‘Rubens’)
- multiples (ex. ‘Extravaganza’,
‘Bella Romana’)
- longues (ex.
‘Clotilde’, ‘Hikarugenji’)
- courtes (ex.
‘Marguerite Gouillon’, ‘Isabella Spinola’)
- réparties régulièrement (ex.
‘Comte de Gomer’, ‘Lavinia Maggi’)
- réparties irrégulièrement (ex.
‘Stacy Susan’, ‘Colonial Lady’)
- quelquefois associées à des mouchetures
(ex. ‘Betty Foy Sanders’, ‘Kick Off’)
- bordure :
- régulière (ex.
‘Tama-no-ura’)
- irrégulière (ex.
‘Jean Clere’, ‘Spring Sonnet’)
- pleine (ex.
‘Yours Truly’, ‘Tom Thumb’)
- striée/morcelée
(ex. ‘Grace Albritton’, ‘Betty’s Beauty’)
- étroite (ex.
‘Tama Electra’, ‘Adelina Patti’)
- large (ex. ‘Tama
Americana’)
- nette (ex.
‘Margaret Davis’, ‘Sanpei Tsubaki’)
- floue (ex. ‘Kitty’,
‘Montironi Rosea’)
Certains camellias ont une bordure large dégradée très
progressivement, qu’on ne considère pas généralement comme
une panachure, mais plutôt comme une atténuation de la
pigmentation. (ex. ‘Desire’,
‘Hilda Jamieson’)
Ces différents types de panachures ne se mélangent pas,
ou exceptionnellement. On peut trouver ensemble une bordure et des
stries, mais presque jamais des taches avec d’autres panachures.
Cette particularité, ainsi que les différents types de
panachures, ont sans doute des causes biologiques.
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'Extravaganza'
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LES PREMIERS CAMELLIAS PANACHES
A la fin du 18e siècle, plusieurs camellias panachés de
taches existaient déjà en Chine et au Japon :
‘Damanao’, ‘Daikagura’, ‘Masayoshi’ (renommé
‘Donckelaeri’ lors de son introduction en Europe),
‘Variegata’ (premier camellia panaché introduit en Europe).
Ces premiers camellias panachés, sans doute plus vieux que
la date de leur première mention écrite, sont probablement
apparus naturellement par hasard. Certaines de ces panachures par
taches sont d’origine virale, comme certaines panachures qui
atteignent le feuillage, et sont alors tout à fait aléatoires,
mais les panachures par taches peuvent aussi avoir d’autres
causes.
Les virus qui attaquent les fleurs, et qui effacent
partiellement et aléatoirement la pigmentation de fond, ne sont
peut-être pas les mêmes que ceux qui attaquent les feuilles,
mais ils sont probablement liés. Peu de camellias ont en même
temps des fleurs et des feuilles panachées comme ‘Benten-kagura’,
et les panachures qui se développent sur les fleurs ne se
propagent pas sur les feuilles, alors qu’un virus qui attaque
les feuilles peut se propager sur les fleurs. Un virus qui
contamine une partie du feuillage peut contaminer peu à peu le
feuillage tout entier jusqu’à faire périr le plant, et peut même
par accident contaminer d’autres plants. Ce n’est pas le cas
des panachures de fleurs, qui ne font jamais dépérir les plants.
Les panachures par taches apparaissent au début sur une
partie de la plante seulement. Le rameau dont les fleurs (ou les
feuilles) subissent cette modification est appelé sport. Le
caractère panaché ne se transmet pas généralement par
graine.
Pour reproduire cette modification, il faut la stabiliser et la
multiplier par bouturage, greffage ou marcottage. Mais, les taches
virales étant aléatoires, les clones pourront êtres différents
du sport d’origine.
Tous les noms de camellias qui ont l’extension “variegated”
indiquent des camellias panachés par taches.
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'Tinker Bell'
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LES CAMELLIAS PANACHES DU 19e SIECLE
De nombreux camellias panachés ont été obtenus au 19e siècle.
Beaucoup n’ont été obtenus ni en Chine ni au Japon, mais en
Europe : en Grande-Bretagne, en Belgique, au Portugal, mais
surtout en Italie, et particulièrement de 1850 à 1870. Certains
sont panachés par taches et conservent la structure des fleurs
d’origine, mais la plupart d’entre eux ne sont pas tachés
mais rayés / striés, et ont une structure imbriquée différente
des fleurs d’origine.
A la fin du 18e et au début du 19e siècle, les Anglais
importèrent des camellias de la Chine et du Japon. Mais les
camellias étaient considérés comme des végétaux fragiles en
Europe, et les Anglais les élevèrent en serres. L’insuffisance
d’insectes, de chaleur et de pollinisation ne leur permit
d’obtenir que peu de croisements (ex.
‘Gigantea’, ‘Caryophylloides’).
Par contre, en Italie, les nobles et les grands propriétaires
se mirent rapidement à élever des camellias en plein air. Ils bénéficiaient
de bonnes conditions climatiques et eurent des croisements
fertiles (ex. ‘Picturata’,
‘Duchesse d’Orléans’, ‘Clotilde’, ‘Punctata
Boutourlin’, ‘Isabella Spinola’, ‘Montironi Rosea’,
‘Bella Romana’, ‘Fanny Bolis’, ‘Lavinia Maggi’, ‘Il
Tramonto’, ‘Virginia Franco’, ‘Comte de Gomer’,
‘Vittorio Emanuele II’, ‘Zoraïde Vanzi’, ‘Mme A.
Verschaffelt’).
Les pépiniéristes belges en produisirent aussi
quelques-uns (ex. ‘Collettii’, ‘Tricolor de Mathot’, ‘Rubens’).
On importa aussi des camellias panachés chinois et
japonais, en les renommant quelquefois (ex.
‘Haru-no-utena’, ‘Ezo-nishiki’ renommé ‘Tricolor/T. de
Siebold’, ‘Albertii’, ‘Hikarugenji’ renommé ‘Souvenir
de H. Guichard’, ‘Cup of Beauty’, ‘Lady Vansittart’,
‘Adelina Patti’, ‘Yamato-nishiki’).
Le goût de l’époque privilégiait et fit sélectionner
les camellias imbriqués, et les croisements produisent surtout
des rayures ou des stries. D’où le nombre important de
camellias imbriqués striés obtenus pendant une bonne partie du
19e siècle.
Les Français, malgré les efforts passionnés des
pépiniéristes
et amateurs nantais et angevins, figurent peu dans cette
production (ex. ‘Marguerite Gouillon’, ‘Eugène Lizé’, ‘Général
Lamoricière’, ‘Prosper Vial’, ‘Mme Appoline Guichard’).
Le camellia n’était pas une plante parisienne (le sol de l’Ile-de-France
est calcaire!), et les camellias français étaient surtout des
plantes de serre servant principalement à produire des fleurs décoratives
de boutonnières.
Contrairement à certaines taches, les rayures ou stries ne
sont pas d’origine virale, mais génétique. Elles sont le résultat
de mutations (sports), ou de croisements fertiles entre 2
cultivars de la même espèce (japonica X x japonica Y, par
exemple), produisant des graines dont certaines sont porteuses du
caractère panaché, ou du caractère imbriqué, ou des deux.
Toutes les fleurs du même plant portent donc, généralement, les
mêmes rayures ou stries. Assez souvent on ne connaît pas les
cultivars parents, et si on connaît le plant mère porteur de
graines, on connaît assez rarement le père pollinisateur. Le
caractère panaché ne se reproduit pas forcément par graine.
Pour reproduire ces panachures, il faut les stabiliser et les
multiplier par bouturage, greffage ou marcottage.
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'Général Lamoricière'
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LES CAMELLIAS PANACHES DU 20e SIECLE
Pendant la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle,
la production de nouvelles variétés panachées, comme celle de
nouveaux camellias en général, diminua très fortement, pour ne
reprendre qu’à partir de 1930 environ, et redevenir importante,
mais surtout aux Etats-Unis, et un peu en Australie, en Nouvelle-Zélande,
et au Japon. Les camellias obtenus étaient encore pour une bonne
part rayés / striés, mais ils étaient plus souvent tachés et
bordés, et plus fréquemment semidoubles ou péoniformes
qu’imbriqués. Beaucoup furent produits à partir de sports.
A la fin du 19e et au début du 20e siècle, des
bouleversements esthétiques marquèrent l’Europe : rejet de
l’époque victorienne, de sa culture et de ses modes, rejet des
camellias imbriqués, trop vus, trop artificiels, trop chic, trop
classe. Les dégâts économiques consécutifs à la 1ère Guerre
Mondiale renforcèrent la désaffection pour les camellias qui étaient
restés des végétaux d’aristocrates ou de gens fortunés. Les
serres, les parcs et les jardiniers étaient devenus trop coûteux.
Ce n’est que vers 1930/1935, et surtout après la 2ème
Guerre Mondiale, que le goût des camellias reprit dans les régions
chaudes des Etats-Unis, en Californie surtout. Le camellia y
devint un végétal populaire, pour orner des jardins, même
petits, et même être élevé en bac. Parmi les amateurs, il y
avait des universitaires qui mirent au point de nouvelles
techniques et hybridèrent abondamment en faisant travailler leurs
étudiants. Ils furent suivis et secondés par des pépiniéristes
passionnés qui créèrent, sélectionnèrent et popularisèrent
de nouveaux types de fleurs et favorisèrent de nouveaux goûts
(ex. ‘Colonial Lady’, ‘Adolphe Audusson Var.’, ‘Beau
Harp’, ‘Margherita Coleoni Var.’, ‘Spring Sonnet’,
‘Mrs Nellie Eastman’, ‘Carter’s Sunburst’, ‘Betty
Sheffield Blush’, ‘Betty Sheffield Supreme’, ‘Extravaganza’,
‘Kick Off’, ‘Mercury Var., ‘Carol Lynn’, ‘Tinker
Bell’, ‘Betty Foy Sanders’, Mabel Bryan’, ‘Margaret
Wells Delight’, ‘Grace Albritton’, ‘Stacy Susan’, ‘Oo-la-la’).
Les amateurs et les pépinièristes australiens et néo-zélandais
s’y mirent aussi avec succès, surtout à partir de 1950 (ex.
‘Can Can’, ‘Paul Jones Supreme’, ‘Margaret Davis’,
‘Modern Art’, ‘Jean Clere’, ‘Midnight Var.’,
‘Anticipation Var.’, ‘Ballet Queen Var.’, ‘Raspberry
Ripple’).
Quelques nouvelles variétés japonaises furent introduites
en Europe (ex. ‘Doctor Max’, ‘Tama-no-ura’, ‘Benten-kagura’, ‘Nishiki-kirin’,
‘Hakuhan-kujaku’, ’Kasuga-yama’, ‘Sanpei-tsubaki’, ‘Momoji-no-higurashi’,
‘Nioi-fubuki’, ‘Kakure-iso’, ‘Okan’).
Les Français, pendant longtemps, boudèrent ces nouvelles
fleurs, et ne revinrent dans la course que récemment (ex.
‘Souvenir de la Beaujoire’, ‘Marie Le Ménélec’).
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'Carter's Sunburst'
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ET DEMAIN?
Malgré toute la richesse des camellias panachés déjà
obtenus, il reste encore des possibilités, comme le prouve ‘Merveille
de Kerscao’ obtenu en 2002 par Marie et Jean Lesvenan, ou
‘Casimir’ obtenu par
Alfred Lemaître .
On peut espérer un fruit du hasard, un sport panaché sur
un vieux camellia, car de nombreux camellias n’ont pas encore eu
de sport. Mais c’est rare!
On peut provoquer ce hasard, en contaminant un plant avec
le virus d’un autre camellia, ou en le greffant sur un plant
virosé, ou en le traitant à la colchicine ou aux isotopes
radioactifs. Mais les bons résultats sont aussi rares!
Même si beaucoup de camellias sont autofertiles, on peut
attendre un croisement naturel ou une hybridation naturelle.
Même si une obtention panachée ne garde pas forcément
ses panachures les années suivantes, même si souvent les
descendants ne sont pas panachés, et même s’ils ne sont pas
tous intéressants, on peut aussi croiser manuellement ou
hybrider! De nombreux camellias n’ont jamais été croisés, et
avec plus de 30000 cultivars il reste encore de nombreuses
possibilités. Plusieurs espèces de camellias n’ont pas encore
été hybridées ou ont juste été testées.
En moyenne, les camellias panachés représentent 1/5 des
camellias. En moyenne, les collectionneurs obtiennent 1 camellia
panaché intéressant et exploitable sur 500 à 1000 obtentions de
camellias en 10 ans.
Ce ne sont pas des raisons pour se décourager! Les
camellias panachés sont très décoratifs. Souvent ils apportent
un plus, et sont quelquefois vraiment impressionnants!
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'Casimir' |
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Remarques
1. ‘Tom Thumb’,
qui était décrit avec une bordure rose foncé dans le Registre
de l’International Camellia Society en 1993, est corrigé dans
l’édition de 1997 en rose avec bordure blanche.
2. On trouve chez les
collectionneurs et les pépiniéristes bretons 2 formes de
‘Tricolor (T. de Siebold)’. L’une correspond à la
description du Registre qui la donne comme synonyme de ‘Ezo-nishiki’.
L’autre est différente, et jamais on ne trouve les 2 types de
fleurs sur le même plant.
3. Certains livres
considèrent ‘Marguerite Gouillon’ et ‘Général Lamoricière’
comme synonymes. Le Registre les décrit comme différents.
4. Les photos de
‘Lady Vansittart’ dans plusieurs livres ne concordent pas.
Idem pour ‘Okan’ et ‘Yours Truly’.
5. Généralement,
les panachures sont stables, même si elles sont aléatoires.
Mais, dans plusieurs
variétés, des fleurs unicolores ou presque unicolores peuvent
apparaître (ex. ‘Lavinia Maggi’, ‘Jean Clere’, ‘Comte
de Gomer’, ‘Tricolor’) qui rappellent parfois la couleur
unicolore du plant d’origine (ex. ‘Lady de Saumarez’ sur ‘Tricolor’).
Certaines variétés
présentent des panachures variables en importance ou en intensité
de couleur selon le milieu, l’exposition , ou la source de
clonage du pépiniériste (ex. ‘Margaret Davis’).
Dans quelques variétés,
les panachures ont tendance à s’estomper et à s’effacer avec
le veillissement du plant ou la succession des clonages (ex. les
descendants de ‘Betty Sheffield’).
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