|
Un
paysagiste anglais de renom qui a traversé le siècle dernier,
disait, je cite: “De tous les adversaires du jardin, le vent est
sans doute le pire, et un site venté pourrait bien être le défi
le plus redoutable à relever. Dans un tel lieu, le premier
objectif est de mettre en place un brise-vent”.
Ce
qui revient à dire, qu’en Bretagne, nous sommes gâtés !
Vous
trouverez partout les partisans du “taca - yaka” et autre
“moi je”. Procéder ainsi conduit tout droit à arracher et à
replanter ... quelquefois un mur en panneaux de bois qui
s’envoleront à la prochaine tempête ou se dégraderont en 6 /
7 ans, ou bien encore un autre de 2 mètres, en parpaings (quelle
horreur!).
Soyons
sérieux, on ne commande à la nature qu’en lui obéissant. Elle
nous fournit un nombre impressionnant de plantes adaptées à la
conception de haies brise-vent, issues du terroir ou provenant
d’autres régions de France ou d’autres pays (grande prudence
dans cas).
Il
faut savoir qu’un mur, mais aussi une haie constituée de
conifères à feuillage dense tels que le cyprès vert ou doré,
faux cyprès, cupressocyparis leylandi et les thuyas, font des
brise-vent qui ne protègent qu’une bande de quelques mètres
derrière eux, au-delà le vent tourbillonne ...
En
revanche, une haie constituée de feuillus caducs est
filtrante, freine le vent, l’épuise si bien que derrière
elle on ne le sent plus et ce jusqu’à 10 fois sa hauteur;
en clair, une telle haie de 2 mètres de haut taillée en rideau
protège 2 x 10 mètres = 20 mètres derrière elle.
Les
persistants à feuillage peu dense, tels le fusain du Japon, l’elaeagnus,
le phillyrea angustifolia, l’if, le laurier sauce, le Camellia
sasanqua (mais oui !), le houx (ne faites pas la grimace) vert ou
panaché, les cotoneasters (lactea et franchetii), le buis ...
constituent de bons brise-vent durables.
|
 |
Bambous, viburnum tinus, olearia... et l'on
peut profiter du salon de jardin à l'abri du vent et des
regards indiscrets. |
Venons-en
au fait, c’est-à-dire au choix et à l’implantation.
La
règle générale est qu’on peut planter à 50 cm de la limite séparative,
sans excéder 2 mètres en hauteur. Si vous voulez laisser pousser
à 3 mètres de hauteur vous devez planter à 3 mètres de la
limite séparative; 4 mètres verticalement = 4 mètres
horizontalement etc ...
Dans
les lotissements ou propriétés contiguës, n’excédant pas
1.000 à 1.500 m2, on bêche une bande d’un mètre en mitoyenneté,
on implante un grillage à moutons ou à poules (légèrement
enterré) sur piquets galva, et on plante de part et d’autre du
grillage, lequel sera vite noyé dans la végétation. On est bien
chez soi et chacun taillera de son côté. Une façon intelligente
de voir les choses. Rarement réalisé !!!
Maintenant,
oubliez tout ce que vous avez lu et, longtemps avant de vous
rendre chez le pépiniériste, lisez et relisez les questions
énumérées ci-dessous qui vous éviteront des regrets
inutiles ... puisque maintenant vous savez que les qualités premières
d’un bon brise-vent sont : ses capacités de filtration, sa durée
dans le temps (un siècle !) après les tailles répétées et
donc sa rusticité, c’est-à-dire sa bonne tenue aux températures
les plus basses enregistrées chez vous.
(
- 12°. ?)
|
 |
|
|
Il
ou elle désigne la plante ou la haie.
-
Ai-je le droit de planter cette espèce ici ?
(Lotissement)
-
Est-elle adaptée au site ?
-
Est-ce que c’est rustique ?
-
Peut-on en voir dans les environs ? Et quel âge a-t-elle ?
-
Est-ce que ça pousse bien ici ?
-
Est-ce que je veux être vu ou pas ? En été ? En hiver ?
-
Est-ce que ça pousse vite ? Attention : qui pousse vite
vieillit vite !
-
Est-ce que c’est de taille facile ?
-
Combien de taille(s) par an ? Très important, la
maintenance ...
-
Dois-je utiliser le taille-haie ? Ou le sécateur ?
-
Est-ce que c’est toxique ou dangereux (épines) ?
-
Est-ce une plante vorace (qui épuise le sol) ?
-
Jusqu’à quelle hauteur peut-elle pousser ?
-
Reste-elle garnie jusqu’à la base ?
-
Comment vieillit-elle ?
-
Pousse-t-elle en tous terrains ? (humide, sec, sur talus)
-
Pousse-t-elle à l’ombre, au soleil, les deux ?
-
Est-elle sensible aux maladies ?
-
Vais-je supporter sa couleur toute l’année ? (attention
aux feuillages panachés de jaune,
comme l’elaeagnus “gilt edge”
-
Est-ce qu’elle reperce sur le vieux bois ?
-
Fleurit-elle ? Quand ? Longtemps ?
-
Est-elle odorante ?
Etc. etc. |
A
partir de toutes ces questions, procédant par élimination ou par
intérêt et tenant compte de vos critères de choix, vous pouvez
rendre éligibles ou non la ou les plantes qui vous ont séduit.
Voici
donc une liste, non exhaustive.
Pour
le bord de mer
:
Persistants
:
Eleaegnus
ebbingei, atriplex halimus (pourpier de mer), evonymus japonica
(le fusain vert), pittosporum tobira et crassifolium, phillyrea
angustifolia, rhamnus alaterna (le vert), baccharis patagonica,
olearia wakariensis, virgata et traversii, corokia, senecio greyii.
Ces plantes sont souvent à feuillage gris, coriace ou recouvert
d’une pruine peu sensible au sel et au vent.
 |
|
 |
| Eleagnus 'Gilt Edge' |
|
Eleagnus pungens 'maculata' |
|
 |
Les eleagnus sont d'excellents
brise-vent persistants. |
Caducs
:
Baccharis
halimifolia (dioïque), elaeagnus angustifolia (olivier de bohême
/épineux, poussant), hippophaë rhamnoïdes (argousier
- et non arbousier ou arbre aux fraises) salix caprea ...
Pour
la zone littorale non soumise aux embruns.
(à
quelques km. de la côte).
Persistants.
Le
fusain du Japon est une valeur sûre. Ne me dites pas
qu’il pousse trop lentement :
plantez-le
à 80 cm. / 1 m. d’écartement, tenez-le étroit en taillant les
deux faces, pincez les extrémités régulièrement, il se
ramifiera en 4 / 5 ans et durera un siècle et plus.
|

|
Griselina
littoralis (la verte) est une bonne plante, elle peut
monter à 3 /5 m, facile à tailler. La forme panachée tient
jusqu’à - 7° ... |
L’if
(taxus baccata), peut vivre un millénaire et plus, se
taille une fois l’an, roi des topiaires, avec le buis, le seul
conifère perçant sur le vieux bois.
J’aime
beaucoup le houx (ilex aquifolium) dioïque,
et il faut donc mâle et femelle pour avoir les fruits (dans un
lot de 10 plantes on trouve souvent les deux sexes. Jeune on le
taille au sécateur pour le former, une main gantée tient le
rameau qu’on jette dans un grand sac (15 m dans l’heure, cool
!).
J’affectionne
le laurier-sauce, un dur à cuire, rarement
malade, ce qui n’est pas le cas de ses frères palme, du
Portugal et tin. Dioïque, il fleurit jaune en fin d’hiver et
reperce que le vieux bois.
J’utilise
le buis et ses nombreuses variétés : “sempervirens”
et handsworthensis” (grandes feuilles épaisses)
conviennent pour une haie haute. Attention : il n’aime pas les
sols très acides et c’est un vorace. Hors de prix en formes
taillées, faciles à réaliser. Bouturage enfantin, démarrage
lent.
Je
rêve d’une dizaine de mètres de cotoneasters lacteus
avec leurs grappes de fruits en automne / hiver. On plante au pied
d’un bambou tuteur de 2 mètres (hors sol), on palisse une seule
flèche jusqu’en haut, on laisse les rameaux latéraux. “Haie
fruitière” pleureuse de toute beauté en 4 /5 ans.
Osmanthus
burkwoodii fleurit blanc, odorant, au printemps; osmanthus
heterophyllus, également blanc, odorant, à
l’automne.
Placé
très haut dans mon estime, l’abelia grandiflora,
roi des arbustes à fleurs pour l’été et l’automne. A placer
côté sud, ou ouest, bouturage en plaine terre fin septembre
octobre, sans protection.
Etc.... etc.
Caducs:
Le
hêtre, le charme, l’érable champêtre, font depuis longtemps
des rideaux de verdure superbes et changeants. On les sème ou on
les achète en pépinières forestières, mais aussi sur commande
en pépinières habituelles, en jeunes plants, ) racines nues,
pour un ou deux euros l’unité, (l’if également). On plante
à 80 cm / 1 m, on tuteure avec un bambou de 2 mètres plus une
transversale à 1,50 m.
Charme
et hêtre sont dits marcescents (conservent leurs feuilles en
hiver si taillés, et c’est le bourgeon printanier qui fait
tomber la feuille morte). Cependant il faut savoir que le charme
n’est pas marcescent chez nous, et il a tendance à roussir côté
mer. En revanche, le hêtre conserve ses feuilles mortes durant la
mauvaise saison, d’une forte jolie teinte chocolatée claire,
qui ferait bien ressortir la texture sombre des camellias et leur
floraison, ainsi que celle des autres arbustes hivernaux et du
premier printemps plantés en massifs devant lui mais sans le
toucher (3 / 4 m.)
L’érable
champêtre arbore une belle écorce liégeuse, une
jolie petite feuille qui vire au jaune bijou avant sa chute. Par
ailleurs bonne plante de “chaise longue” pour petit jardin.
(Planter à l’est ... pour laisser entrer la soleil d’hiver.
On
peut aussi tenter en haie libre ou peu taillée, l’amelanchier,
le cornus mas (ou cornouiller mâle) qui observe à
ses pieds, en blanc, l’ellébore de Corse (argutifolius) et se dépêche
de l’imiter, en jaune, remplaçant avantageusement l’hamamelis,
en plein soleil.
Pour
une haie haute, 2 m et plus, sur plusieurs dizaines de mètres, on
peut essayer la version raffinée de la haie champêtre, en mêlant
intimement diverses essences, hêtre, houx, charme, if et buis ...
sans réaliser de séquences successives de la même espèce; plus
intime sera le mélange, plus riche sera le résultat. (à ne pas
faire avec les arbustes à fleurs plantés serrés!).
Les
espèces de ces derniers paragraphes peuvent être maintenues à 2
mètres, voire moins, ou filer beaucoup plus haut.
De
nombreuses espèces ou variétés connues de vous ne sont pas citées
: certaines sont dignes d’intérêt, d’autres ne valent pas
grand chose pour établir des brise-vent durables. A partir du
questionnaire, il vous sera plus aisé d’établir quelques critères
de priorité qui vous conduiront au bon choix, du moins je l’espère.
 |
En bord de mer, l'Olearia virgata
est excellent. On peut égayer son feuillage gris par une
clématite. |
 |
Plantation.
Le
bon sens et la pratique disent de planter dans une terre bien
travaillée, amendée avec du compost ou du vieux fumier, surtout
si l’on installe au même emplacement, après des conifères.
Evitez les granulés.
Il
vaut mieux griffer la motte des plantes en pots élevées au
biberon, et couper les longues racines au sécateur ou avec un bon
ciseau. Ne pas enterrer le collet et arroser sans excès, ne
tassez pas avec les pieds.
Il
est absolument inutile d’arroser les sujets à racines nues.
S’il n’a pas plu à verse d’avril à juin, payez-leur un bon
coup.
En
revanche, les arbustes achetés en conteneur exigent un
arrosage suivi hebdomadaire, pendant la belle saison.
Attention
aussi aux plantations faites près d’un mur, l’eau y vient
peu, et la terre se dessèche très vite.
Un
bon paillage (6 à 10 cm.) est très efficace et vous évitera de
nombreux binages tout en conservant l’humidité.
Taille.
Il
n’y a pas de règle générale pour la taille !!!
Sauf
qu’une haie stricte se taille à faces obliques, large et à la
base, étroite au sommet que peut être arrondi, c’est plus
joli, et vous aurez une haie de qualité et de caractère,
en bonne santé.
Sauf
que si vous intervenez en période d’arrêt de sève, entre le
15 juin et le 15 juillet, autrement dit en fin de pousse printanière,
vous êtes à peu près sûr de bien faire.
Sauf
qu’il est également souhaitable de pincer les extrémités des
jeunes pousses pour étoffer une jeune haie.
Le
grand jardinier national (Michel LIS) dit qu’il est préférable
de tailler cyprès et autres thuyas dans les mois en “a” (avril
et août).
Une
vieille haie peut se tailler sur le vieux bois à la fin de
l’hiver, une face une année, et l’autre face l’année
suivante. (Sauf les conifères, l’il excepté)
Les
arbustes à fleurs exigent une taille particulière.
Bon
vent |