Texte rédigé par Maryvonne Decharme
à la suite de la conférence sur les Azalées de Raymond Grall
présentée à la SHPA le 14 octobre 2007
Les Phytophthora sont pour la majorité des espèces, des champignons du sol pathogènes des racines de nombreuses plantes. Environ sept espèces se développent aux dépens des plantes ligneuses.
Ces champignons provoquent le dépérissement des végétaux attaqués, ils se sont largement répandus dans les unités de production à la faveur de la généralisation de la culture en conteneurs.
Phytophthora cinnamomi est l’espèce la plus fréquente et la plus dommageable, notamment sur les Conifères et les Ericacées, rhododendron, azalée, bruyère, callune, argousier. Si la maladie peut engendrer de gros dégâts en culture commerciale, elle reste exceptionnelle dans les jardins. Cependant, le risque demeure lorsque le sol reste imprégné d’eau pendant une longue période.
Les Phytophthora se maintiennent dans le sol à l’état latent et deviennent actifs en présence d’eau. Les racines contaminées sont envahies par une pourriture brune qui gagne le collet et les branches basses. L’alimentation du végétal est progressivement altérée, la plante flétrit et se dessèche et meurent.
Certaines espèces de Phytophthora peuvent contaminer directement des organes aériens à la faveur de la projection, à partir d’un sol contaminé, de gouttes d’eau transportant des particules infectieuses. Bourgeons, feuilles, rameaux infectés se nécrosent et meurent.
Phytophthora cinnamomi sur rhododendron. Flétrissement généralisé et ternissement du feuillage. Affaissement typique des feuilles en parapluie à demi fermé.
Phytophthora cinnamomi sur tige écorcée de rhododendron. La pourriture brune qui progresse à partir du collet présente une limite nette.
Phytophthora cinnamomi sur andromède. Jaunissement et flétrissement partiel du feuillage correspondant à la zone racinaire infectée. A terme, l’ensemble de la plante dépérit.
Phytophthora sp. Nécrose d’un rameau de rhododendron vraisemblablement due à Phytophthora citricola (précédemment isolé sur des plantes présentant un symptôme identique).
Phytophthora sp. sur organes aériens de rhododendron. Progression de la nécrose des tissus à partir du bourgeon initialement contaminé.
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Comparaison des symptômes engendrés sur rhododendron par Phytophthora cinnamomi à droite et par Phytophthora sp. à la suite d’une contamination de bourgeon à gauche, montrant l’évolution ascendante de la nécrose des tissus dans le premier cas et l’évolution descendante dans le second.
Les dégâts les plus couramment observés sont des taches foliaires et des dessèchements de boutons floraux. Ils peuvent se rencontrer ça et là au jardin en fonction des conditions climatiques et de l’état général des plantes.
Les taches foliaires
Les taches foliaires les plus fréquentes sont dues au développement de deux champignons : le Botrytis cinerea agent de la pourriture grise sur une foule de végétaux et le Pestalotia guepini connu sur rhododendron, camélia, magnolia.
Ces deux espèces s’installent en saprophytes sur des lésions préexistantes d’origine non parasitaire. Par temps humide, ils envahissent les tissus vivants en formant de larges taches nécrotiques brunes.
Les taches dues au Botrytis sont souvent zonées de parties claires et foncées.
Les taches dues au Pestalotia sont parfois grises puis brun clair marginées d’une ligne brun foncé.
A la faveur d’une période d’humidité élevée, les deux champignons peuvent fructifier. Le Botrytis produit une masse de spores d’aspect duveteux gris souris.
Le Pestalotia forme des pustules noires au sein des tissus nécrosés.
Au moment de la floraison des rhododendrons et azalées, si le temps est très humide le Botrytis peut aussi infecter les fleurs et provoquer leur pourriture.
Le Pestalotia n’attaque pas les fleurs.

- Le dessèchement des boutons floraux et des bourgeons ou "bud blast".
Cette maladie des rhododendrons et azalées est provoquée par un champignon Briosia azaleae. Au cours de l’été les boutons floraux et les bourgeons contaminés se dessèchent. La nécrose gagne le rameau et les feuilles entourant le bourgeon malade. L’écorce des rameaux devient grisâtre et lorsque plusieurs bourgeons sont atteints les rameaux meurent. Les organes desséchés peuvent rester en place plusieurs années.
Le champignon fructifie sur l’ensemble des boutons malades en produisant une multitude de "petits clous" noirs dont les têtes contiennent des milliers de spores. La dissémination du parasite est assurée par les éclaboussures de pluie, les insectes butineurs et surtout la cicadelle du rhododendron, à la faveur des piqûres de ponte, qu’elle effectue dans les bourgeons.

Comparativement à la plante de gauche élevée dans les meilleures conditions, la plante de droite présente un aspect déficient. Les feuilles pâles, légèrement marbrées, un peu affaissées, les bourgeons très petits, montrent les effets d’une nutrition insuffisante en quantité et qualité (au moins en azote) et d’un début de déshydratation.



Déformation du limbe résultant d’une baisse de température survenue en cours de végétation, ayant momentanément stoppé la croissance d’une feuille jeune.
Contre les Phytophthora du sol.
Il n’existe pas de moyens de lutte curative. La seule lutte est préventive en s’assurant lors de la plantation que l’endroit choisi bénéficie d’un drainage satisfaisant et en respectant de bonnes conditions de culture (nutrition, fumier de cheval en décembre selon R. Grall, aération, luminosité).
Une plante malade doit être arrachée et brûlée, en évitant de disperser la terre contaminée :
faire un trou, éliminer la terre ayant été en contact avec les racines,
traiter au propamocarbe ou au phosetyl d’aluminium,
laisser à l’air pendant une saison et reboucher avec de la terre neuve,
planter une espèce peu sensible au Phytophthora.
Contre les agents de nécrose.
Eliminer les parties tachées ou desséchées dés leur apparition pour court-circuiter la formation des spores des champignons et limiter la dispersion des maladies.
Après une attaque de Pestalotia et de Briosia effectuer un traitement à base de cuivre.
Après une attaque de Botrytis, tenter un traitement à la procymidone, mais ne pas oublier que les conditions environnementales ont un effet déterminant sur le développement du champignon.