La biodégradabilité du polyéthylène additivé n’est à notre avis aujourd’hui pas du tout démontrée.
Seules des considérations théoriques et des mesures in vitro, réalisées avec du matériel et des méthodes très sophistiquées, ont pu mettre en évidence une biodégradation presque non mesurable (500 ppm/an), voire infime (3%/an), associée à des phénomènes d’oxydation.
Avec un tel pourcentage, la biodégradation d’un matériau prendrait plusieurs centaines ou milliers d’années dans un milieu naturel, et dans le meilleur des cas plusieurs dizaines d’années.
Ces durées énormes sont en dehors des cycles de vie des êtres vivants, de l’agriculture et de l’élimination des déchets.
Il est alors difficile de présager des effets cumulatifs des fragments de PE dont une certaine partie pourrait passer dans la chaîne alimentaire (des vérifications sont actuellement en cours).
De plus, si l’ingestion de fragments (petits et/ou gros) de PE vierge peut être considérée comme un risque faible pour la santé [1], qu’en est-il des PE additivés et oxydés ?
Deux publications récentes ont abouti à des coefficients de biodégradation de l’ordre de 60%.
Cependant, ces documents sont à considérer avec précaution car les tests utilisés ne sont pas conformes aux normes existantes, les pré-traitements violents qu’ont reçu les échantillons (radiation UV, température, dissolution dans l’acétone) ne reflètent pas les conditions que l’on trouve dans la nature et, enfin, il n’y a pas eu de tests circulaires intra-laboratoires pour valider les résultats.
Ils sont d’autant plus étranges que les mesures antérieures n’ont détecté que des valeurs très faibles et que les auteurs n’expliquent pas cette contradiction.
Dans tous les cas, le PE est le même et l’additif n’a pas changé.
Que s’est-il donc passé entre-temps ?
On semble être en présence d’un processus qui vise à démontrer “coûte que coûte” la biodégradabilité du PE en utilisant des protocoles expérimentaux “arrangés”, adaptés d’emblée aux résultats recherchés.
A quand un nouveau protocole expérimental qui démontrera que le PE additivé se biodégrade à 100% ?
A cela, s’ajoutent une pression commerciale de la part de grands groupes de l’industrie chimique et une pression médiatique qui annoncent tout et n’importe quoi sur la biodégradabilité des polyoléfines.
Quand s’arrêtera ce manque de sérieux ?
Dans ces conditions, peut-on parler raisonnablement de la biodégradabilité du PE ?
Il est certain que dans cette affaire, le grand perdant risque d’être l’agriculteur (et par effet ricochet, le consommateur), mal renseigné et souvent perdu par un vocabulaire volontairement flou.
En effet, les applications répétées de films dégradables peuvent accumuler à long terme les micro fragments, les additifs et les sous produits de dégradation du PE dont l’impact environnemental est encore inconnu.
Le danger de polluer définitivement les sols reste possible.
| Il ne faudrait pas laisser aux générations futures des terres qui seraient d’ici 30 ou 40 ans à l’origine de problèmes semblables à ceux qui ont été décrits pour l’amiante ou pour les produits phytosanitaires. |
Pour tenter de répondre aussi scientifiquement et définitivement que possible à la question de la biodégradabilité supposée des PE additivés, un groupe de scientifiques français s’est constitué, pour mener, à dater de 2003, une série de recherches sur une période de 2 à 3 ans.
Tous les aspects de l’utilisation et de l’impact environnemental de PE additivés seront examinés.
Ils seront mis en comparaison avec d’autres films aujourd’hui considérés par tous comme réellement biodégradables.
[1] Les sacs plastiques flottant entre deux eaux ressemblent à des méduses et sont ingérés par les cétacés et les tortues géantes et provoquent des occlusions mortelles sur ces espèces protégées